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Journal | Octobre 2019

 
  • mardi 1er, ciné
Mjólk
Mjólk

Mjólk, film de Grímur Hákonarson, 2019

Béliers
Béliers

(On ne quitte pas l’grand nord comme ça ! ^_^)
Ça pourrait ressembler un peu à Don Quichotte en Islande, sauf que... Lorsqu’Inga se retrouve à devoir gérer seule la ferme familiale, elle se rend compte que la coopérative sensée les aider tient plus de l’organisation mafieuse que des valeurs d’entraide qu’elle proclame. Sauf qu’elle, elle va l’ouvrir.
Le film explore ainsi l’énorme difficulté à faire évoluer les mentalités face aux habitudes et à des organisations fondées sur la peur. Il ne parle donc pas uniquement du sort des fermiers bien sûr (ben oui, c’est l’Islande quoi...), sans mièvrerie et sans pathos excessif (ben oui, c’est pas un film français reprenant un énième fait divers social quoi...). À la fois moins drôle et moins noir que le précédent film du réalisateur, Béliers (que je recommande absolument, préparez une petite thermos tout de même ça peut servir), moins marquant du point de vue purement cinéphilique peut-être, il est aussi beaucoup plus positif. Pis les paysages quoi... :) Pour moi une dose d’Islande qui ne se refuse pas !

Béliers, film de Grímur Hákonarson, 2015

 

 

 
  • mercredi 2, bédé
Hubert
Hubert

Hubert, BD de Ben Gijsemans, 2016, Dargaud

S’il passerait facilement inaperçu de prime abord, Hubert n’en est pas moins un singulier personnage, assidu visiteurs des musées où il contemple au détail notamment les nus féminin... Mais pas de conclusion hâtive !
Hubert nous « parle » (à peu de mots mais en superbes images) de la beauté, de l’amour, de l’image de la femme, de soi et aussi du soi qu’on devient face au regard des autres... Délicat et subtil. Des airs de Tanigushi en effet (ça classe tout de suite !). Plutôt pas mal pour un début !!! J’attendrai la suite (de ce que Ben Gijsemans sortira, il s’agit ici d’un one shot) avec délice.

 

 
  • vendredi 4, soirée cinéclub : Jerzy Skolimowski et une belle découverte (encore !)
Le bateau phare
Le bateau phare

Le bateau phare (The lightship), film de Jerzy Skolimowski, 1985

Un père, son fils et son équipage sont coincés avec trois individus peu fréquentables sur un bateau-phare, immobile donc, environ dix ans après la seconde guerre mondiale. La musique et les costumes ne laisseront aucun doute sur l’année de production, nous sommes bien en 85, mais les thèmes abordés par ce huis-clos ont une portée symbolique forte et sans âge... Le rapport au père, et à tout ce qui peut nous enchaîner, à commencer par le passé, la culpabilité, le rôle du guide et l’émancipation, la transmission, et aussi l’exil et l’isolement, parmi les principaux. Du lourd, qui tangue et qui sent le gasoil. On en ressort avec de la graisse sur le visage et en prenant une grande bouffée d’air tellement Skolimowski est maître dans l’art de poser une ambiance. Une très belle découverte, une pépite de cinéphile à partager, d’autant que le film est resté quasi invisible ces trente dernières années.

 

Travail au noir
Travail au noir

Travail au noir (Moonlightning), film de Jerzy Skolimowski, 1983

Dans un tout autre genre. Plus sociale et plus ancrée dans l’actualité (le film sorti en 83 se déroule en décembre 81, au moment de la proclamation par Jaruzelski de l’état de siège en Pologne, pays d’origine d’un Skolimowski en exil depuis la fin des années 60), l’histoire d’ouvriers polonais envoyés à Londres par leur patron, pour y refaire à peu de frais une maison qui lui appartient. Servi avec justesse par un Jeremy Irons tout jeunot (récemment révélé par La Maîtresse du lieutenant français), qui incarne Nowak, le seul à parler anglais, ce qui va en faire le personnage pivot du film, à devoir endosser à la fois le rôle du chef et celui de point de repère dans un environnement étrange et exotique pour ces hommes éloignés du bloc soviétique (et de leurs familles) pour un mois. Comment faire avancer les travaux dans les délais ? Comment gérer le budget au mieux, faire face aux (mauvaises) surprises, trouver de quoi manger. Gérer les situations de crise pour ne pas les démotiver. Du paternalisme à la fabrique du totalitarisme. Ça ne peut finir que d’une seule façon... Une étude psychologique et sociologique intelligente, qui ne loupe pas non plus les travers et contradictions du monde occidental. Et puis l’exil encore, l’horreur d’être loin des siens, surtout lorsque l’orage gronde. À mon sens un film clé, à découvrir ou peut-être redécouvrir.

Pour approfondir votre visionnage

Suite de ce cycle Tribute to Jerzy Skolimowski au fil de ses pérégrinations, à retrouver dans les salles bretonnes grâce à la proposition toujours éclairée de Cinéphare, fin octobre avec Signes particuliers : néant (Rysopis), et début novembre avec Le départ. Après les étapes américaine et londonienne, le berceau polonais et la nouvelle vague belge.

 

 
  • lundi 7, horreur, poésie et aquarelle
Les hirondelles de Kaboul
Les hirondelles de Kaboul

Les hirondelles de Kaboul, film de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec, 2019

Adaptation du livre de Yasmina Khadra au cinéma, il fallait au moins l’aquarelle pour mettre (un peu) à distance l’horreur encore trop présente et réussir à transmettre la poésie en mouvement vers la résistance. Parce que les régimes totalitaires n’empêchent les hirondelles de jouer, même si elles se prennent parfois des balles. Le film ne tire pas les larmes. Ça se passe en-dessous. Au niveau du ventre. Dans la conscience que tout cela est encore trop réel et trop actuel, que d’autres hirondelles vivent toujours dans une terreur où même la poésie la plus virulente n’a d’autre possibilité que de bien se cacher pour survivre... Lorsque vivre n’est plus que souffrance.
Je n’ai pas lu le roman de Yasmina Khadra, et ne pourrai donc donner un avis sur la qualité de l’adaptation. Mais dans tous les cas un très beau film.

 

 
  • vendredi 11, douceur
Leyla McCalla
Leyla McCalla

Leyla McCalla, « Folk humaniste »

Avec son sourire d’enfant et son regard de qui a pas mal bourlingué, Leyla McCalla balade son folk de la New Orleans à Haïti en passant par la Syrie, balance ses rythmes des bayous aux ruines et aux bidon-villes, au son des banjo, guitare, cello, percu et contrebasse, blues, cajun, biguines... écrit ses mots pour ceux qui survivent et veulent vivre et rêver, leur prête sa voix douce et espiègle, tantôt fluette tantôt profonde, pour que la leur parvienne à nos oreilles. On est entre humains, c’est chaud, c’est doux. Une très belle soirée.
Au passage... son dernier album, Capitalist Blues, 2018

 

 
  • samedi 12, détente
Incassable
Incassable

Incassable, film de M. Night Shyamalan, 2000

Basé sur le principe que tous les mythes ont un fondement réel dans l’histoire des civilisations humaines, des hiéroglyphes aux comics, le film nous fait assister à la naissance d’un super-héros. Des idées intéressantes au niveau du scénario, pas révolutionnaires non plus, bien foutu malgré quelques longueurs. Un bon divertissement pour un samedi soir détente.

 

 
  • dimanche 13, vie, et mort, et vie
Les Furtifs
Les Furtifs

Les Furtifs, roman d’Alain Damasio, La Volte, 2019

986g plus tard donc...
Une expérience qui va creuser son sillon quantique, incertain, multiple, superposé, ondulatoire et corpusculaire, juste vivant, pendant des années tant la teneur de ce roman me paraît essentielle.
Mais trop. Trop de péripéties, trop de jeux de mots qui finissent par les diluer dans un flot nauséeux insignifiant. Alors oui, l’opposition son-vibration / sens-signifiant est une des thématiques-mêmes, passionnante du point de vue linguistique d’ailleurs ! Mais lorsque la poésie finit par se transformer en exercice, en performance de qui a la plus grosse assonance, ben pour moi elle finit par sonner creux... Comme les incohérences de style avec la situation vécue qui nuisent à l’immersion, me sortent complètement de ce pacte entre l’auteur et le lecteur grâce auquel ce dernier suspend son incrédulité pour plonger dans un nouvel univers. Et quel univers ! Quelles merveilles inventées (révélées ?) ! Quelle intimité créée avec elles.
Ma déception (à la fois partielle ! mais profonde) quant à la forme est sans doute à la hauteur de l’importance qu’en revêt pour moi le fond, dans cette vision d’une nouvelle façon d’être soi pour une nouvelle façon d’être ensemble, une société neuve, repensée, refondue, au service du vivant plus que de l’argent. Car on y trouve aussi de fameuses trouvailles, jeux de mots, rapprochements linguistiques que personnellement j’affectionne, les jeux sur le rythme, et ce qui fait maintenant la signature d’Alain Damasio, les inventivités relatives aux signes de ponctuation et diacritiques. Un énorme (euphémisme) boulot de documentation, de réflexion, de maturation, de façonnage, de cisellement, de sculpture des idées, des mots et des sons...
Une grande leçon d’écriture, en positif comme en négatif qui me permet maintenant de comprendre tout le sens des mots de Zweig, qui considérait son travail terminé lorsqu’il ne pouvait plus rien y enlever.
Loin d’être parfait donc, mais une fabuleuse expérience à ne surtout pas louper. Possible qu’elle y laisse un glyphe qui vous marquera en profondeur. C’est tout ce qu’on souhaite.
En bonus, le plaisir de se plonger sur la temporalité de l’actualité (Les Furtifs est sorti en avril) dans un livre qui a le potentiel d’atteindre la postérité, si une telle acception a encore un sens dans la littérature d’aujourd’hui et le rapport consumériste que nous entretenons avec elle (ou qu’elle entretient avec nous)...

 

Et je choisis de vivre
Et je choisis de vivre

Et je choisis de vivre, film documentaire de Damien Boyer et Nans Thomassey, 2019

Comment traverser ce voyage qu’est le deuil ? Et ici plus particulièrement celui de parents orphelins de leur petit. Nans Thomassey, ami d’Amande mais aussi voyageur et réalisateur, va lui proposer, comme parabole, en miroir, un autre voyage, à pied, sur les reliefs de la Drôme, jalonné de rencontres et de symboles. Empathie, sensibilité, amitié, tout ce que l’humanité compte de plus beau, et sans pathos excessif bien au contraire. Un film positif pour s’interroger sur notre rapport individuel et collectif à cette apprivoisement de l’absence, à cette dimension supplémentaire de la vie qui laisse sa trace profonde et indélébile.

 

 
  • lundi 14, on en revient
Ad Astra
Ad Astra

Ad Astra, film de James Gray, 2019

Abordant les thèmes de la filiation, de la solitude, mais aussi de notre propension à toujours chercher plus loin sans voir ce que l’on a sous les yeux, certaines images d’Ad Astra pourraient faire penser un instant à celles du voyage du Dr Heywood Floyd vers la Lune dans 2001. N’est pas Kubrick qui veut, et le scénario poussif ne fait à mon sens qu’effleurer son sujet. Dommage car le reste est d’assez bonne facture (sauf la fin... nan mais franchement !). Au final, un bon divertissement, un peu long peut-être.

 

 
  • mercredi 16, Mrs. Dynamite
Angelique Kidjo
Angelique Kidjo

Angelique Kidjo, « Celia »

Angélique Kidjo, être de pure énergie, entre en scène. Moins de cinq minutes plus tard, le public de 1500 individus est déjà conquis et bientôt debout, galvanisé, en train de danser sur un rythme de salsa, de chansons traditionnelles Yoruba, de funk endiablée, zouk et jazz jamais loin... ça groove, ça pulse... puis à peine quelques claquements de mains, quelques battements de cœur plus tard et voilà que c’est fini déjà, après un déjà ultime rappel de la soirée, Pata Pata de Miriam Makeba (ici sur YouTube), transporté par la voix envoûtante de notre hôtesse, prêtresse à la vie. Apothéose et grâce.
Si elle a reçu du public autant d’amour qu’elle en a donné ce soir, elle a dû se recevoir une sacrée déferlante !!
Est-ce encore utile de dire que j’ai adoré, et ne tarderai probablement pas à me repaître de son dernier disque, Celia [1], comme d’une madeleine goulûment avalée ! Après déjà un excellent souvenir au Roudour avec l’Orchestre Symphonique de Bretagne il y a deux saisons, dorénavant je guetterai ses prochains passages activement. (C’est qu’on deviendrait vite accro !)

 

 
  • dimanche 20, la fête !
Trio EDF
Trio EDF

Trio EDF, Concert des 20 ans du Trio à l’Espace du Roudour

Si c’était les 20 ans du Trio EDF, c’est bien presque 50 ans d’amitié qu’on célébrait là. Entre Patrick Ewen, Gérard Delahaye et Melaine Favennec bien entendu, mais aussi avec les nombreux passagers de cette arche de la chanson bretonne du monde entier, ceux qui ont débuté dans les mêmes 70’s et ceux montés en cours de route pour y souffler un vent nouveau se sont relayés sur scène à l’appel d’un Monsieur Loyal habile à éviter les poncifs du genre avec humour et délicatesse : Patrick Couton, Barbaloutig, Annie Ebrel, Outside Duo, Bernez Tangi, Yvon Le Men par l’entremise d’un poème voyageur arrivé à bon port (messagerie maritime ?), Élie Guillou [2], Gilles Servat, le Ploun Fiddle Band, Tri Yann... et puis sans oublier le public, fidèle connaisseur et complice. Pas le radeau de la méduse ce bateau, ah ça non ! il avait en revanche de francs air de celui de Brassens... coque de noix pleine de tout ce qu’on peut amasser d’expériences humaines en un demi-siècle, où joie(s) [3] de vivre et d’être ensemble ressort triomphante. Le Roudour était ce soir théâtre de la gaieté (surtout la soirée avançant ;) ), c’est tout simplement bon.

 

 
  • mercredi 23, retour à la maison...
Un mauvais fils
Un mauvais fils

Un mauvais fils, film de Claude Sautet, 1980

Des acteurs au top pour des personnages à fleur de peau... Dewaere, Yves Robert, Claire Maurier, Dufilho... et Sautet qui montre les silences, les non-dits, les blessures et les fêlures, les interrogations, les détails du quotidien, d’une époque, d’un lieu, d’une société, avec son regard à la fois sociologique, entomologiste et pourtant tellement humaniste.

 

 
  • samedi 26, rencontre
Le journal du « Docteur Faustus »
Le journal du « Docteur Faustus »

Le journal du « Docteur Faustus », de Thomas Mann, 1949

C’est à la fois étonnant et curieux d’aborder un auteur par le journal de la création de son œuvre « de vieillesse » [4]... Mais ô combien enrichissant, et éclairant sur sa personnalité. Déjà un bout de temps que je tournais autour sans oser l’aborder, la Montagne Thomas Mann. Et malgré l’apparente austérité je découvre là un homme de fort bonne compagnie qui se confie, parle de l’intime sans trahir le privé, dans ce qu’il a de plus touchant et universel, s’interroge avec moi sur les mystères de la création, ses méandres incertains, et de toute son immense stature montre ses faiblesses et ses tourments, partage sa clairvoyance et ses idées bien souvent prémonitoires sur l’évolution du conflit mondial (nous sommes entre 1943 et 1946) et le sort qui sera réservé à la nation allemande au sortir de l’horreur. L’intérêt historique et social aussi, d’entrevoir de l’intérieur les sentiments de la communauté allemande exilée aux États-Unis. Vivre de l’intérieur les défaillances de la vieillesse qui affaiblit la carcasse et engourdit les sens quand à l’intérieur la perception du monde n’a jamais été aussi claire et limpide.
Plus qu’à suivre par le Docteur Faustus, dès que j’en trouve une édition correcte, l’actuelle d’Albin Michel semblant avoir été faite avec une recette de pâté à la viande et des caractères bien baveux (si vous en connaissez une qui ne correspond pas à ce signalement merci de m’en faire part !!).

 

 
  • dimanche 27, cinéclub 3/4
Signes particuliers : néant <small>(Rysopis)</small>
Signes particuliers : néant (Rysopis)

Signes particuliers : néant Rysopis, film de Jerzy Skolimowski, 1965

Parmi les premiers longs de Jerzy Skolimowski, tourné en Pologne et jusqu’ici inédit dans les cinémas français, un fourmillement d’inventivité sur la forme (jeux des ombres, caméra subjective bien avant la steadycam de Shining, ...), pris dans les chassés croisés du destin, un fond qui n’est pas sans rappeler le cycle Free Cinema sur la Nouvelle vague anglaise. Comme quoi y’a pas de frontière pour s’interroger sur sa vie et le sens qu’on voudrait y donner. Super intéressant.

 

[1du nom de Celia Cruz, icône de la salsa à laquelle elle rend cet hommage vibrant

[2qui ressemblait comme un jumeau à Monsieur Loyal !

[3la joie est-elle divisible et soluble dans un liquide ?

[4mais pas la dernière : Docteur Faustus paraît en 1947, suivront encore L’élu, Le mirage et Les Confessions du chevalier d’industrie Félix Krull

Première mise en ligne 9 octobre 2019, dernière modification le 4 décembre 2019

LR CC by-nd

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